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Interview

Tout En Nuance : l’interview de Jennifer Padjemi

Et si on discutait avec Jennifer Padjemi ?

Journaliste, femme noire et engagée Jennifer Padjemi est notre première invitée. Elle nous parlera de la peau noire, de l’acceptation de soi, et de l’impact de la culture sur notre société.

Comment vivez-vous avec votre peau (point de vue au choix : sociologique ou cosmétique) ?

J’ai un rapport semi-complexe avec ma peau. À force de m’intéresser au skincare, j’ai appris à l’aimer en sachant ce qui lui fait du bien ou non et comment la protéger au mieux. À côté de ça, j’ai une peau qui marque énormément et dès que je suis stressée ou fatiguée, c’est la première à en faire les frais (cernes très visibles, teint terne etc.). Et même si je n’ai jamais eu d’acné sévère (celle qui couvre tout le visage), elle a connu des mauvaises passes, avec des boutons qui laissent des tâches d’hyper-pigmentation, se mêlant à des tâches de rousseur et des cicatrices. Aujourd’hui, je sais à peu près comment traiter ces problèmes avec des hauts et des bas, notamment autour de l’arrivée des règles, et je sais que je ne retrouverai sans doute jamais ma peau de bébé, je suis quand même plus au fait de ce qu’il faut/ne plus/ne pas faire.

 

– Selon vous, c’est quoi se sentir bien dans sa peau ?

Se sentir bien dans sa peau, c’est bien se connaître déjà. Se regarder dans le miroir est super important, son visage, son corps, sa silhouette, je pense que c’est une bonne manière de s’approprier sa narration, savoir ce qu’on aime ou moins chez nous avant que d’autres ne le fassent. Par exemple, j’ai horreur des personnes qui nous font remarquer des changements corporels (j’ai été cette personne plus jeune), soit qu’on a grossi ou maigri parce qu’en général on le sait et on n’a pas besoin qu’une personne extérieure commente un corps qu’on connaît déjà bien. Mais plus généralement, c’est aussi accepter l’ensemble de ses «particularités» physiques, faire de ce qu’on aime moins un atout d’originalité, et valoriser ce qu’on aime le plus chez nous.

 

– Vous êtes une journaliste culture et lifestyle, quel est selon vous l’impact de la culture sur la perception de la beauté ?

La culture est vraiment importante dans notre perception de la beauté, car c’est elle qui va mettre en avant les tendances et les phénomènes de société qui feront que la majorité va s’en inspirer. Ça devrait commencer par les livres pour enfants, les dessins animés dès le plus jeune âge, pour qu’on comprenne qu’il n’y a pas de beauté «supérieure» aux autres. Les magazines dits féminins n’ont pas toujours aidé (c’est encore le cas) et nous imposés des idéaux impossibles à atteindre. Instagram leur a emboîté le pas, c’est devenu de la culture populaire à part entière, un réseau social accessible au plus grand nombre qui met en avant ou non un certain type de beauté et de corps, qui relèvent parfois de la science-fiction tant ils sont détachés de la réalité, mais ils peuvent aussi correspondre à une norme à laquelle on a accès au quotidien (des corps variés et aux beautés variées) mais avec une esthétique qui relève de tout sauf d’une réalité perceptible. Qu’on soit dans le vrai ou le faux, il y aura toujours une sorte de fantasme accolé, qui fera en sorte qu’on aura du mal à s’identifier réellement aux images qu’on nous renvoient au quotidien. D’où l’importance d’avoir des représentations justes et réalistes.

 

– Est-ce que vous pensez que la représentation de toutes les beauté au sein des séries, notamment avec les créations Netflix, a un impact positif en matière d’inclusion et de diversité ?

C’est très important, surtout quand on sait que ces programmes sont beaucoup regardés par les plus jeunes. Le fait de pouvoir s’identifier à l’écran peut les aider à s’apprécier à leur juste valeur. Surtout quand le love interest ou le héros n’est pas blanc, ils/elles peuvent se dire qu’ils ont aussi le droit à l’amour contrairement à tous ces programmes qui mettent en avant toujours le même type de physique pour jouer les personnes « populaires » du lycée ou du groupe d’amis. Malheureusement, ça ne suffit pas, parce qu’une série peut mettre en avant une jeune ado d’origine indienne, tout en pérpétuant les stéréotypes grossophobes et vice-versa. Il faut arriver à pouvoir raconter des histoires plurielles sans utiliser qui que ce soit comme prétexte, ni «tokeniser» les idendités de chacun. L’idée est toujours de se demander si un personnage n’est intéressant que par son identité ou s’il est aussi en dehors de ça.

 

– Lors de la création de votre podcast « Miroir, Miroir », il y avait un épisode intitulé « Le maquillage, une affaire de classe » où pour vous cette beauté naturelle peut finalement s’avérer onéreuse et ne pas forcément être bien vécue, quel est votre propre rapport vis à vis de cette injonction de « jolie peau » ?

Comme pour tout, vouloir se détacher d’une injonction peut facilement en cacher une autre. Le marketing et les magazines créent des nouveaux mots qui cachent le vrai problème. Faire une détox ou un cleansing plutôt que faire un régime, le sport et le yoga deviennent des atouts « bons pour la santé mentale » c cachant parfois des pratiques extrêmes le glow nous pousse à dépenser plus d’argent que pour le maquillage. Avoir une jolie peau ne devrait pas être une fin en soi, ce qui culpabilise au passage des milliers de personnes qui ont de l’acné, des tâches d’hyperpigmentation ou qui aiment se maquiller tout simplement. Je pense alors à Alicia Keys qui avait décidé d’arrêter de se maquiller, pour qu’on apprenne plus tard qu’elle dépendait des fortunes (avec à disposition une esthéticienne), à hauteur de plusieurs centaines de dollars par mois. Il y a la génétique, et il y a ce qu’on en fait ensuite.

 

Et vous, comment vivez-vous avec votre peau ? Dites-le nous avec le hashtag #ToutEnNuance sur les réseaux sociaux. Chaque mois, un soin Nuhanciam à gagner ! 

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